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Festiventu 2013

07/17/2014

Festiventu 2013

La créativité en traces

 

Un aprĂšs-coup de  Festiventu 22Ăšme du nom

 

 

Parfois, des rendez-vous programmés, voire prévisibles révÚlent, au travers de rencontres fulgurantes, de vraies nouveautés, de vraies promesses.

 

Un peu autre qu’un festival, ce 22Ăšme Festiventu qu’a accueilli ce dernier mois d’octobre la CitĂ© de Calvi fut sans doute, par-delĂ  le rituel, le lieu d’une de ces fulgurances : dans ce miroir d’initiatives – qui peuvent apparaĂźtre rĂ©siduelles ou Ă©parpillĂ©es – rĂ©side le sens de notre prĂ©sence ensemble, de notre prĂ©sence ici, en ce temps, en cette Ăźle.

 

Chic la mer est plastique – slogan de l’édition 2013 - a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e en regard avec les performances esthĂ©tiques de Clean Art Planet qui « portent des traces violentes de nos modes de production et de consommation Â», art crĂ©Ă©e Ă  partir de dĂ©chets rĂ©cupĂ©rĂ©s, d’amoncellement Ă©parpillĂ©s, d’installations plastiques sorties de la mer, enjoignant ceux qui les voient ainsi Ă  les voir enfin !

 

Le Festival du Vent fut donc un Ă©vĂ©nement particulier, un Ă©vĂ©nement centrĂ© autour d’une rĂ©flexion Ă©thologique sur nos modes d’ĂȘtres esthĂ©tiques, pratiques, sur ce que nous faisons de nous-mĂȘmes autour de nous, sur cette « Ă©conomie du jetable Â», sur « l’impact de ce que nous rejetons dans la mer, de ce que nous produisons et dont nous dĂ©barrassons Â».

 

La proposition des initiateurs et organisateurs de cette manifestation, en l’occurrence marquĂ©e par ce slogan et  par cette collaboration esthĂ©tique est de « souffler un Ă©clectisme citoyen Â», d’interpeller les passants prĂ©sents[1]; de rassembler des passeurs pour fixer un instant ces passants, les enjoindre Ă  penser autrement leur mode de vie, leur ĂȘtre-lĂ .

 

Le Festival du Vent fut donc un Ă©vĂ©nement doublement particulier : Les rencontres, les prĂ©sences en ce lieu parlent ainsi de crĂ©ation, disent une forme de matrice.

Serge Orus[2] n’a de cesse autour de cet Ă©vĂ©nement conçu comme une forme nomade et festive d’incubateur, de souligner que la culture, au sens de productions, stratifications, conservation et transmission des traces de ce que fait l’homme de lui-mĂȘme, est l’une des rĂ©ussites de la Corse.

Ce n’est pas su assez, pas prononcĂ© assez .

 

De quoi parle-t-on ?  Quelles sont les strates de cet incubateur ?  

 

Certes, de manifestations artistiques ou  de « performances Â» classiques justifiant sans doute ce terme de « festival Â», comme la prĂ©sence importante rĂ©currente de musiciens complices – comme les TĂȘtes Raides -, d’artistes associĂ©s – comme François Morel -, comme l’importance des spectacles de rues, allant avec la CitĂ©, allant avec  la prĂ©sence nomade de ces tĂ©moins en circulation, Ă  la recherche de l’apparition d’un monde en transformation.

Mais aussi ces manifestations furent aussi nombre de rencontres autour de prĂ©occupations environnementales, de la maniĂšre possible d’envisager cette « Maison Ecologie Â» pour nous tous; de la convocation des outils prĂ©sents et possibles d’une Ă©conomie circulaire[3], durable et donc solidaire, comme Leitmotiv de cette FĂȘte !

 

Et ces rencontres se sont Ă©tendues, alors : se seront croisĂ©es ainsi des entreprises, des associations, l Ă©mergence de crĂ©ations artistiques, esthĂ©tiques,  des projets de production agricoles 
 incidemment parfois en croisements doubles, en interactions, comme cette  exposition de peinture entourant la dĂ©gustation des vins de François Bricol ; comme le face Ă  face du clown et de la thĂ©rapeute[4], de l’ironie du jeu et des passions des Ăąmes.

 

« Le thĂ©Ăątre est un champ de forces, mĂȘme exigu, qui peut servir de modĂšle Â»[5] ; Ă  l’instar de cet art vivant, au quel ressembla un temps le champ de cette CitĂ© semper fidelis – et soudain autre -,  il fut possible ainsi de comprendre les arts de la rue prĂ©sents comme une forme de lien, de points de repĂšres, disant le nomadisme – spatial, temporal, subjectif aussi -  des inventions, des productions ici convoquĂ©es en une finalitĂ© commune.

 

Cet Ă©vĂ©nement a dit ainsi autre chose que cette seule « occasion Â» de mise en avant, de valorisation de l’écologie durable, de l’économie sociale et solidaire[6]. C’est un Ă©vĂ©nement particulier Ă  l’üle, Ă  ce que peut et doit ĂȘtre une Ăźle  : un espace ouvert.

La rencontre, le croisement de multiples projets, de multiples volontĂ©s qui Ɠuvrent Ă  l’émergence, au devenir Ă©vidence d’une destinĂ©e commune : Venons expĂ©rimenter  rĂ©ellement ce que nous pouvons faire ici, ce que nous allons faire ici.

 

Symbole de cette crĂ©ativitĂ© en traces, cette FĂȘte du Vent reprĂ©sente la cristallisation des forces quasi – telluriques innovatrices, capables de bouleversements, que portent en mĂȘme temps l’üle et les prĂ©occupations ainsi manifestĂ©es de ceux qui l’habitent – en acteurs, en inventeurs comme on « habite en poĂšte Â»[7]. Et cette affirmation parle pour tout ce qui arrive ici, pour ce qui essaime d’ici.

 

C’est, par cette convocation, proposer – et valider ainsi - une hypothĂšse simple : l’espace-Ăźle Corse possĂšde, dĂ©tient cette richesse d’exception, singuliĂšre qui est de permettre Ă  tous les possibles, mĂȘme et surtout les  plus improbables de se penser, de se tenter et d’advenir.

Si nous en croyons cette Ă©nergie-lĂ  – qui est convoquĂ© Ă  ces rencontres -, nous pouvons croire, nous pouvons dire que la Corse ne connaĂźtra pas l’hĂ©catombe ordinaire Ă  l’endroit qui reste fermĂ©, qui ne se rappelle plus qu’il est un port.

 

L’identitĂ© de la Corse passe par son environnement, est son environnement : parce qu’elle sait faire de ses failles, de sa solitude, de ce qu’elle est saturĂ©e de nature - et de son « renfermement Â» - une force, une puissance de libertĂ© incroyable.

Parce qu’elle est chargĂ©e de mĂ©moire, mais toujours pas  encombrĂ©e de dispositifs fixĂ©s, figĂ©s ;  ni rĂ©duite ou rĂ©signĂ©e Ă  une seule destination, qu’elle soit artistique, Ă©conomique ou Ă©thologique. Les modes de dire, de faire, de vivre restent ouverts.

 

 

 

 

 

 

« La beautĂ©, c’est l’harmonie du hasard et du Bien Â»[8]
 Les Ă©nergies liĂ©es Ă  toutes ces initiatives, l’éclectisme citoyen, par ramifications « ryzomiques Â», renvoient Ă  un agencement particulier, qui reste la marque politique et esthĂ©tique de cette FĂȘte du vent : nous sommes devant le rĂ©el fascinant d’une sociĂ©tĂ© qui bouge, quand tout le discours exogĂšne, normatif - et lui-mĂȘme mort - prĂ©dit son effondrement !

 

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SinguliĂšrement, la rencontre autour de la prĂ©sentation du travail  de Thierry de Peretti, rĂ©alisateur des « Apaches Â», et venant rencontrer lĂ  les passants de ce « festival Â» , pour partager simplement une expĂ©rience, une expĂ©rimentation crĂ©atrice, incarne cette « harmonie du hasard et du bien Â» qui fait se trouver d’un coup devant une parole rĂ©elle portant une histoire, un dĂ©sir, un acte esthĂ©tique et politique prĂ©sent et Ă  venir.

 

LĂ , c’était « chez Tao Â», endroit un peu Ă©trange Ă  l’acmĂ© de la CitĂ©, oĂč se fait sensible l’interpĂ©nĂ©tration de la parole et du lieu.

Et Thierry de Peretti  venait lĂ  pour une rencontre autour de « The SleepWalkers Â»,film de  nomadisme de deux jeunes individus au sein d’une citĂ© – Ajaccio en l’occurrence -, autour donc de crĂ©ation, d’écriture en images du contemporain.[9]. Il venait  reprĂ©senter la « nouvelle crĂ©ation corse Â», parler de  son parcours de cinĂ©aste, lĂ  aussi histoire d’agencement nouveau, d’invention.

 

C’est ce dĂ©sir de crĂ©ation qui a amenĂ© Thierry de Peretti Ă  crĂ©er « Stanley White Â»,  sa sociĂ©tĂ© de production cinĂ©matographique, Ă  vocation de dĂ©velopper des projets cohĂ©rents en corse, de la Corse vers un ailleurs, aussi. Parce qu’on ne peut pas de dĂ©sintĂ©resser de la production si l’on a l’ambition de rĂ©aliser des films en prise avec une tension politique rĂ©elle.

 

Qu’est-ce qui fait « devenir Â» cinĂ©aste ? La lecture, l’attention aux poĂštes[10], et surtout la dĂ©couverte de ces univers cinĂ©matographiques oĂč l’émotion singuliĂšre naĂźt soudain du dĂ©-couvrement d’une trace particuliĂšre laissĂ©e Ă  un endroit qui seul existe seulement pour celui qui l’habite, pour celui qui le voit : l’aride de la mĂ©diterranĂ©e de Pasolini, la traversĂ©e nocturne du Ghetto de « Senso Â».

« Les cinĂ©astes racontent ce qui se passe chez eux Â» .

 

La question politique essentielle du cinĂ©ma - de la crĂ©ation artistique dans son ensemble peut-ĂȘtre ? – restant de « dire le rĂ©el Â». Et ainsi faire des films dans une forme d’urgence, d’instantanĂ© et d’irrattrapable ; « aussi facilement que si l’on faisait du thĂ©Ăątre Â», saisissant le coin de rue tournĂ© d’une vie qui est lĂ  et qu’il suffit – mais tout est lĂ  – de simplement regarder, derriĂšre l’imagerie.

 

En quoi ainsi cette crĂ©ation serait-elle influencĂ©e par son environnement insulaire ? Parce que ce sont les lieux qui ont dĂ©clenchĂ© ce passage Ă  l’acte de la mise en images d’une vision artistique – soit esthĂ©tique et politique - du monde !

Et la crĂ©ation est « fille de la culture Â» en ce sens d’une mise Ă  disposition de ces traces laissĂ©es, traces contradictoires, dynamiques. Comme il le dit, se poser la question du « faire cinĂ©ma Â», c’est se demander : « Qu’est-ce que, moi, j’aurais Ă  raconter du rĂ©el chez moi ?! Â»

Ce qui oblige Ă  se faire confiance – comme spectateur, expĂ©rimentateur avant tout , Ă  « se confronter au rĂ©el en interne Â». D’oĂč la nĂ©cessitĂ© absolue de travailler un lieu, Ă  chaque fois, une « habitation Â» et ses strates secrĂštes, contradictoires.

 

Et qu’est-ce qui fait devenir cinĂ©aste corse en corse ? Etre nĂ©, avoir grandi ici et dĂ©sirer « faire image Â», ici, pour ceux d’ici aussi. Dire un rĂ©el de la Corse au rebours des mythes et idĂ©es fixes.

Sans doute d’autant plus que, selon Thierry de Peretti, « la Corse est un endroit vierge en matiĂšre de cinĂ©ma Â», de re-prĂ©sentation du rĂ©el d’aujourd’hui en images – soit en images qui se distinguent des idioties[11] tĂ©lĂ©visuelles.  Et Ă  l’entendre, certains endroits en Corse – d’oĂč leur intensitĂ© hautement cinĂ©matographique -, peuvent ĂȘtre vus comme des « no man’s lands Â», trouĂ©es extrĂȘmement locales, irremplaçables, qui n’existent nulle part ailleurs qu’en Corse, et en mĂȘme temps reprĂ©sente une universalitĂ© de ce « no-landisme Â».

 

Son propos alors n’étant pas de filmer  - ni en Corse ni ailleurs -, des endroits dits « reprĂ©sentatifs Â»[12], mais les endroits dont soi-mĂȘme on a envie de voir l’image, de voir ce que c’est ; l’autre de la Corse, une prĂ©sentation singuliĂšre Ă  l’encontre des images connues.

Il se dit « attirĂ© par ces « non-lieux Â» Â», ces lieux en mutation, qui ne peuvent ĂȘtre supports d’installations, mais seulement de dĂ©ambulation, d’errances. LĂ , on pense Ă  Faulkner oĂč Ă  Tennessee Williams, Ă  ces images fictionnelles de lieux du Sud des Etats-Unis, lieux improbables, impossibles Ă  qualifier, lieux de « combats Â» ou de solitude radicale.         

On sait aussi qu’il s’agit de lieux traversĂ©s, qui lancent une passerelle vers d’autres endroits, d’autres temps ; vers les ruines qui n’y ont pas Ă©tĂ© laissĂ©es
  De lieux esthĂ©tiquement intenses, puissants, qui, seuls peut-ĂȘtre, peuvent relier les Ă©poques.

 

Un rĂȘve de cinĂ©aste : « arriver Ă  communiquer en images, par l’image avec des histoires anciennes problĂ©matiques, redonner vie Ă  ce que l’on a mal enterrĂ© Â». C’est pouvoir rĂ©-invoquer l’imaginaire enfoui vĂ©hiculĂ© par un lieu, capter des puissances plastiques suffisamment fortes pour rappeler quelque chose du passĂ©.

Et convoquer au retour de l’évĂ©nement pour nous, aujourd’hui : « Rappelez-vous, ça c’est passĂ© Â» !

 

 

Quel serait le cinĂ©ma des « Stanley White Â» ? Un cinĂ©ma de prĂ©sence Ă  soi, aux autres avec soi, qui s’invente en mĂȘme temps qu’il se tourne, oĂč l’on « fait un film comme l’on fait une fĂȘte Â» ! Mais un cinĂ©ma qui pĂšse la tension de l’évĂ©nement, un cinĂ©ma politique - non idĂ©ologique -, qui ne tendrait – et il n’y a pas plus ultime comme exigence - qu’à tĂ©moigner depuis nos histoires passĂ©es, de l’état du monde dans lequel nous vivons.

 

 

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D’autres figurations auront marquĂ© ce parcours. Notamment la confĂ©rence de Marcel Ruffo,  qui a pu, a su, Ă  l’occasion d’un dĂ©bat, fort animĂ© en l’occurrence, autour de l’organisation des activitĂ©s extra-scolaires, dire que, malgrĂ© l’inquiĂ©tude gĂ©nĂ©rĂ©e peut-ĂȘtre, il y avait de l’énergie et de la vie dans la nĂ©cessitĂ© d’ouvrir l’école, dans la confrontation au multiple, dans la diversitĂ© des formes.

Il est venu insister sur ce qui devrait ĂȘtre une Ă©vidence : que la culture, l’entourage, ce qu’il y a dehors, c’est intĂ©ressant ! que le dĂ©sir, le plaisir et leur apprentissage ne se dĂ©crĂštent pas comme des dictats ou des normes, ont besoin de temps. Que, ni pour le pĂ©dopsychiatre, ni pour le penseur, l’artiste, non plus que pour tout homme le temps chronologique normĂ©, « normable Â» n’existe pas ! Que la distinction temporelle n’est pas celle de l’occupation utile ou inutile, mais du temps chronomĂ©trique, du temps affectif et du temps rĂ©el : c’est l’enfant, puis l’homme qui crĂ©e, invente son temps avec les modes d’ĂȘtres qu’on lui propose.

 

la Table Ronde «  Corse,  une Ăźle de rĂ©ussite ? Â»  a enfin comme clos notre parcours autour  de prises de paroles de figures d’une entreprise corse actuelle, innovante. Leurs expĂ©riences de crĂ©ation, de dĂ©veloppement[13] d’entreprises qui ont su s’implanter, essaimer, rayonner Ă  l’international depuis un projet improbable, racontent des histoires possibles : celles, souvent Ă  partir de rien de prĂ©visible, d’un Â» dĂ©clic Â» imprĂ©vu, d’un projet tout personnel de changement de vie, d’actes de crĂ©ation, de libertĂ©, libertĂ© de penser d’autres scĂ©narios de dĂ©veloppement.

 

D’oĂč le constat, ou l’état des lieux d’une perspective insulaire favorable, exceptionnellement libre[14]. Et cette « crise Â», qui peut paraĂźtre incontournable, est, on le voit d’ici, une crise d’imagination.

Les contraintes physique, qui pourraient ĂȘtre handicapantes,  disent « allons au plus simple Â», obligent Ă  l’invention d’outils propres. En Corse, « rĂ©ussir c’est pouvoir travailler librement Â»[15], donc dans les failles des normes gĂ©nĂ©riques, singuliĂšrement et non Ă  l’imitation d’ailleurs.

Tout comme l’absence d’investissement industriel massif, double contrainte l’insularitĂ© et de l’histoire propre du peuple, est une chance ! C’est de ce que nous ne soyons pas « envahis Â» d’une surdĂ©termination productive, que nous pouvons « inventer Â» des modes de crĂ©ation et de production : La forme de ce que nous dĂ©sirons n’est pas lĂ  : ce n’est pas dire que la rĂ©alisation de ce dĂ©sir ne pourra pas ĂȘtre, mais qu’elle sera.  

Le centre du monde est lĂ  oĂč il est possible – mĂȘme si improbable – d’ imaginer faire bouger les choses, faire basculer le curseur.

 

 

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Oui, la Corse, non seulement peut-ĂȘtre, mais rĂ©ellement est cette terre de rĂ©ussite :

La « closure Â» induite par l’insularitĂ© joue une place essentielle : exacerbant la singularitĂ© de l’éco-systĂšme, elle fait que tout Ă©vĂ©nement, toute innovation, si infimes qu’ils soient, puissent jouer le rĂŽle de catalyseur vers un scĂ©nario de dĂ©veloppement autre.

 

Et nous nous retrouvons ainsi de nouveau, en cette CitĂ© automnale, au cƓur d’une parole de l’invention, de l’affirmation tenue que nous devons prendre attention. Non Ă  revenir Ă  une forme d’ Â« imagination au pouvoir Â»â€Š Mais Ă  prendre attention au pouvoir que nous avons d’inventer ce qui n’est pas encore Ă©crit.

 

 

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[1] - puisque le Festival, Ă  l’origine « lieu de divertissement oĂč il y a fĂȘte Â», suppose la foule passante, en circulation

[2] Fondateur du festiventu, il y a 22 ans 

[3] Soit tenant stricto sensu Ă  l’  injonction de Lavoisier de la transformation perpĂ©tuelle

[4] Emma la clown et Catherine Dolto, La Conférence.

[5] A.Vitez

[6] Que certains pourraient caricaturer en prétexte écologique

[7] Hölderlin

[8] Simone Weil

[9]  "Une maniĂšre commode de faire la connaissance d’une ville est de chercher comment on y travaille, comment on y aime et comment on y meurt. Dans notre petite ville, est-ce l’effet du climat, tout cela se fait ensemble, du mĂȘme air frĂ©nĂ©tique et absent." Albert Camus. La Peste citĂ© par Thierry de Peretti dans sa note d’intention sur le film

 

[10] Notamment pour Thierry de Peretti celle des poĂšmes de Pier Paolo Pasolini,

[11] Au sens strict du terme, Ă  savoir de l’instantanĂ© quotidien non distanciĂ©.

[12] Les « images d’épinal Â» associĂ©es aux lieux

[13] Dans l’ordre du numĂ©rique, du transport et du tourisme ( Corsica Ferries), de l’agriculture – brasseries Pietra -


[14] Notamment avec le développement des nouvelles technologies, par lesquelles le présentiel est libre.

[15] Jo Battesti, crĂ©ateur de la ligue Corse d’échecs

Les ressources

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“ Cet amour-lĂ  ” ou le temps suspendu de l’écriture

Corsica _ Mai 2003

sur "Cet Amour là" de José Dayan

 

“ Elle est retrouvĂ©e !

– Quoi ? – l’EternitĂ©.

C’est la mer mĂȘlĂ©e

Au soleil. ”

Arthur Rimbaud – Une saison en Enfer

 

 

“ Cet amour-là ” est l’histoire d’un amour ; “ cet amour-là ” n’est pas vraiment l’histoire d’un amour ; vraiment pas une histoire.

PlutĂŽt, surtout, une traversĂ©e, fulgurances imagĂ©es d’une rencontre avec les lignes d’une vie. Lignes mĂ©lodiques que seule peut-ĂȘtre une camĂ©ra peut fixer.

 

Dans sa fidĂ©litĂ© au roman Ă©ponyme de Yann AndrĂ©a, le film de JosĂ©e Dayan voit, montre que ce n’est pas Ă  ces petits faits, Ă  ces petits riens qui peuvent faire aujourd’hui un certain succĂšs qu’il s’agit d’ĂȘtre fidĂšle.

C’est Ă  ce qui perpĂ©tue malgrĂ© tout l’instant d’une rencontre, celle d’un homme et d’une femme, d’un “ sujet ” et d’un auteur, d’un cinĂ©aste et de la fulgurance d’une image. Comme une rĂ©sistance au temps, une traversĂ©e du temps.

“ Cet amour-lĂ  ” est fidĂšle Ă  ce temps traversĂ© d’un amour, aux images de l’intimitĂ© tenue Ă  distance, comme un passage.

Marguerite Duras Ă©crit depuis l’admirable impossibilitĂ© de vivre ; JosĂ©e Dayan a compris, avec amour, avec pudeur, qu’il n’y a qu’un regard possible sur cette brĂ»lure, cette respiration difficile : celui des existences fragiles.

 

Et Jeanne Moreau passe intacte dans cette traversĂ©e par la puretĂ© et vers sa mort, de la jeune femme nĂ©e Ă  Ă©crire, Ă  la vieille femme qui dĂ©jĂ  ne peut plus Ă©crire, avec cette puissance d’irradiation qui suspend la violence du monde.

Elle n’est pas image ou reprĂ©sentation de Marguerite Duras, comme il n’y en aura jamais ; elle est Ă  ce point l’ñme de cette existence , qu’elle exige, simplement mais Ă  jamais, que cette Ă©criture ait eu lieu.

“ Cet amour-lĂ  ” Ă©pouse, comme en les frĂŽlant, les mouvements de l’amour, les mouvements d’un amour Ă  Ă©crire, d’un amour qui ne se vit qu’en s â€˜Ă©crivant et se donne en s’évanouissant miraculeusement dans l’espoir d’une lettre, d’une image.

Les images de l’amour ne sont pas celles, statiques, d’une construction romantique fixĂ©e sur la disparition. Ce sont celles, fuyantes, fluctuantes, d’une stupĂ©faction infiniment renouvelĂ©e, d’une attention incomprĂ©hensible.

 

Si la camĂ©ra de JosĂ©e Dayan – entre temps contre-temps, tours arrĂȘtĂ©s -, suit le mouvement d’une danse, c’est qu’elle crĂ©e, comme une valse, l’espace juste pour ce rythme de l’un Ă  l’autre, ce regard de l’une Ă  l’autre qui se dĂ©place lentement, suivant ce flux tendu d’une beautĂ© fragile.

 

Dans cette valse hĂ©sitante, justement indĂ©cise, l’écriture tient Ă  l’alcool comme l’urgence impossible d’écrire tient Ă  l’évidence d’une proche dissolution. Comme le buveur ne cesse jamais d’arrĂȘter de boire, l’écrivain n’a cessĂ© d’arrĂȘter d’écrire, parce que le mot juste, l’instant juste, est toujours Ă  venir. Jeanne Moreau est cette tension de l’attente de ce qui toujours l’habite ; il n’y a pas de personnage, elle ne sera jamais que l’essentiel, cette Ă©criture infinie.

 

S’il n’y a pas de mots pour parler de cet amour, sinon l’écriture qu’il a provoquĂ©e, c’est qu’il doit y avoir des corps Ă  transformer dans ce geste d’aimer, un autre espace Ă  Ă©crire.

 

C’est cette transformation, cette alchimie que JosĂ©e Dayan filme, que Jeanne Moreau joue, arrivĂ©e Ă  ce point ultime de l’art du jeu oĂč celui-ci s’efface, oĂč un sourire seul demeure pour toute douleur et toute sĂ©rĂ©nitĂ©.

 

Non, l’écriture n’est pas un ogre, ni les Ă©crivains monstrueux... C’est la vie seule qui est violence.

 

Ni l’écriture ni l’amour ne sauvent de la blessure du monde. “ Ecrire ne sauve de rien ” , laisse simplement place Ă  ce temps suspendu du dĂ©sir, au miracle de la Chair traversĂ©e par le Verbe de l’amour , ou de l’écrit... le mĂȘme.

 

C’est dans la pudeur de ce miracle, loin de l’obscĂ©nitĂ© des mises en scĂšne mĂ©lodramatique de l’amour, que “ Cet Amour-lĂ  ”crĂ©e simplement de l’espace, comme une Ă©vidence, comme la seule image possible de l’écriture impossible.

 

“ Cet amour lĂ  ” est un beau film, mais sans aucun doute plus, bien plus qu’un “ beau film ”... des corps qui s’écrivent avec leur disparition...

 

Un instant de grĂące.

 

 

 

 

Sophie Demichel

 

Des ressources seront bientĂŽt disponibles.

Sophie Demichel, RĂ©dactrice

E.mail : ecrits.ecritoires@gmail.com

 Villa a Muvra, La Timone – Moriani Plage- San Nicolao 20230