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Production d'écritures

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Catégorie Les ressources

Festiventu 2013

18/07/2014

Festiventu 2013

Les ressources

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“ Cet amour-là ” ou le temps suspendu de l’écriture

Corsica _ Mai 2003

sur "Cet Amour là" de José Dayan

 

“ Elle est retrouvée !

– Quoi ? – l’Eternité.

C’est la mer mêlée

Au soleil. ”

Arthur Rimbaud – Une saison en Enfer

 

 

“ Cet amour-là ” est l’histoire d’un amour ; “ cet amour-là ” n’est pas vraiment l’histoire d’un amour ; vraiment pas une histoire.

Plutôt, surtout, une traversée, fulgurances imagées d’une rencontre avec les lignes d’une vie. Lignes mélodiques que seule peut-être une caméra peut fixer.

 

Dans sa fidélité au roman éponyme de Yann Andréa, le film de Josée Dayan voit, montre que ce n’est pas à ces petits faits, à ces petits riens qui peuvent faire aujourd’hui un certain succès qu’il s’agit d’être fidèle.

C’est à ce qui perpétue malgré tout l’instant d’une rencontre, celle d’un homme et d’une femme, d’un “ sujet ” et d’un auteur, d’un cinéaste et de la fulgurance d’une image. Comme une résistance au temps, une traversée du temps.

“ Cet amour-là ” est fidèle à ce temps traversé d’un amour, aux images de l’intimité tenue à distance, comme un passage.

Marguerite Duras écrit depuis l’admirable impossibilité de vivre ; Josée Dayan a compris, avec amour, avec pudeur, qu’il n’y a qu’un regard possible sur cette brûlure, cette respiration difficile : celui des existences fragiles.

 

Et Jeanne Moreau passe intacte dans cette traversée par la pureté et vers sa mort, de la jeune femme née à écrire, à la vieille femme qui déjà ne peut plus écrire, avec cette puissance d’irradiation qui suspend la violence du monde.

Elle n’est pas image ou représentation de Marguerite Duras, comme il n’y en aura jamais ; elle est à ce point l’âme de cette existence , qu’elle exige, simplement mais à jamais, que cette écriture ait eu lieu.

“ Cet amour-là ” épouse, comme en les frôlant, les mouvements de l’amour, les mouvements d’un amour à écrire, d’un amour qui ne se vit qu’en s ‘écrivant et se donne en s’évanouissant miraculeusement dans l’espoir d’une lettre, d’une image.

Les images de l’amour ne sont pas celles, statiques, d’une construction romantique fixée sur la disparition. Ce sont celles, fuyantes, fluctuantes, d’une stupéfaction infiniment renouvelée, d’une attention incompréhensible.

 

Si la caméra de Josée Dayan – entre temps contre-temps, tours arrêtés -, suit le mouvement d’une danse, c’est qu’elle crée, comme une valse, l’espace juste pour ce rythme de l’un à l’autre, ce regard de l’une à l’autre qui se déplace lentement, suivant ce flux tendu d’une beauté fragile.

 

Dans cette valse hésitante, justement indécise, l’écriture tient à l’alcool comme l’urgence impossible d’écrire tient à l’évidence d’une proche dissolution. Comme le buveur ne cesse jamais d’arrêter de boire, l’écrivain n’a cessé d’arrêter d’écrire, parce que le mot juste, l’instant juste, est toujours à venir. Jeanne Moreau est cette tension de l’attente de ce qui toujours l’habite ; il n’y a pas de personnage, elle ne sera jamais que l’essentiel, cette écriture infinie.

 

S’il n’y a pas de mots pour parler de cet amour, sinon l’écriture qu’il a provoquée, c’est qu’il doit y avoir des corps à transformer dans ce geste d’aimer, un autre espace à écrire.

 

C’est cette transformation, cette alchimie que Josée Dayan filme, que Jeanne Moreau joue, arrivée à ce point ultime de l’art du jeu où celui-ci s’efface, où un sourire seul demeure pour toute douleur et toute sérénité.

 

Non, l’écriture n’est pas un ogre, ni les écrivains monstrueux... C’est la vie seule qui est violence.

 

Ni l’écriture ni l’amour ne sauvent de la blessure du monde. “ Ecrire ne sauve de rien ” , laisse simplement place à ce temps suspendu du désir, au miracle de la Chair traversée par le Verbe de l’amour , ou de l’écrit... le même.

 

C’est dans la pudeur de ce miracle, loin de l’obscénité des mises en scène mélodramatique de l’amour, que “ Cet Amour-là ”crée simplement de l’espace, comme une évidence, comme la seule image possible de l’écriture impossible.

 

“ Cet amour là ” est un beau film, mais sans aucun doute plus, bien plus qu’un “ beau film ”... des corps qui s’écrivent avec leur disparition...

 

Un instant de grâce.

 

 

 

 

Sophie Demichel

 

Des ressources seront bientôt disponibles.

Sophie Demichel, Rédactrice

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